Greffe gingivale

Redonner à la racine la protection d’une gencive saine

Une racine exposée, une gencive devenue trop fine, une sensibilité persistante ? La greffe gingivale, couramment appelée greffe de gencive, permet de recouvrir la racine, d’épaissir les tissus et de restaurer une gencive protectrice et esthétique.

Geste de chirurgie plastique parodontale, elle vise autant la fonction que l’esthétique, et s’inscrit toujours dans une prise en charge globale de la cause.

Le Dr Laurent Venet, chirurgien-dentiste à Lyon dont l’exercice est orienté vers la parodontologie et l’implantologie, est responsable du Diplôme Universitaire de Parodontologie et Implantologie Orale (DUPIO) de Lyon. 

Il vous explique dans quels cas une greffe gingivale est indiquée, comment elle se déroule et ce qu’il est possible d’en attendre.

La greffe gingivale : restaurer un tissu protecteur autour de la dent

La gencive joue un rôle protecteur : elle recouvre la racine, résiste aux agressions mécaniques et bactériennes, et facilite l’hygiène quotidienne. Lorsqu’elle se rétracte ou s’amincit, la racine se trouve exposée et le tissu fragilisé.

La greffe gingivale consiste à apporter du tissu, le plus souvent prélevé au palais, sur la zone à traiter. Selon l’objectif, recouvrir une racine ou épaissir une gencive, le type de greffe et la technique diffèrent.

Les indications : recouvrir, épaissir ou prévenir

La greffe gingivale répond à plusieurs objectifs, souvent associés :

  • recouvrir une racine exposée par une récession gingivale, pour des raisons esthétiques ou de sensibilité,
  • épaissir une gencive fine, plus vulnérable à la récession et à l’inflammation,
  • augmenter la hauteur de gencive attachée lorsqu’elle est insuffisante,
  • stabiliser une situation et prévenir l’aggravation d’une récession,
  • préparer ou sécuriser un traitement orthodontique, prothétique ou implantaire.

L’indication précise est posée après un examen parodontal, en tenant compte du phénotype, de l’étendue de la zone et de l’objectif fonctionnel ou esthétique.

Les types de greffes : conjonctif enfoui et greffe épithélio-conjonctive

Deux grandes familles de greffes autogènes sont utilisées, selon l’objectif recherché.

  • La greffe de tissu conjonctif enfoui est le matériau de référence pour le recouvrement radiculaire. Prélevée sous l’épithélium du palais, elle est placée sous un lambeau qui la recouvre, ce qui lui assure une double vascularisation. 

Cette technique, dite bilaminaire, offre les meilleurs résultats esthétiques et la meilleure stabilité dans le temps (Chambrone et Tatakis, 2015).

  • La greffe épithélio-conjonctive, ou greffe gingivale libre, est prélevée en épaisseur partielle au palais, avec son épithélium, puis posée directement sur le site receveur. 

Décrite dès les années 1960, elle est surtout indiquée pour augmenter la hauteur et l’épaisseur de gencive kératinisée. 

Très fiable sur le plan fonctionnel, elle s’intègre avec une teinte parfois moins homogène, ce qui la réserve plutôt aux zones peu visibles.

Les techniques chirurgicales : vers une approche microchirurgicale et mini-invasive

Le recouvrement radiculaire fait aujourd’hui appel à des techniques microchirurgicales qui réduisent le traumatisme tissulaire et améliorent la cicatrisation.

La technique de Zucchelli, fondée sur un lambeau déplacé coronairement sans incisions de décharge, est particulièrement adaptée aux récessions multiples adjacentes, avec une intégration esthétique optimale.

La tunnellisation, et sa version modernisée (MCAT, modified coronally advanced tunnel), consiste à glisser le greffon de tissu conjonctif dans un tunnel décollé sous la gencive, sans sectionner les papilles. 

Elle préserve l’intégrité des tissus et favorise un résultat très esthétique. 

Ce concept a été largement formalisé et diffusé en France par Vincent Ronco, qui en a précisé les principes microchirurgicaux, du dessin des incisions aux sutures suspendues.

Le recours à des instruments fins, à des aides optiques et à des sutures de petit diamètre s’inscrit dans une logique de soin la moins invasive possible, au service du confort et de la qualité du résultat. 

Cette démarche relève pleinement de la [parodontologie], dont l’objet est la santé des tissus de soutien de la dent.

Le déroulement et les suites, ce qu’il faut savoir

L’intervention est réalisée sous anesthésie locale. Le praticien prélève le greffon, le met en place sur le site à traiter et le stabilise par des sutures fines.

Le site de prélèvement le plus courant est le palais, en zone prémolaire-molaire, qui offre un tissu de qualité et des résultats documentés de longue date. 

Dans certaines situations, la [tubérosité maxillaire], zone située en arrière de la dernière molaire supérieure, constitue un site donneur alternatif intéressant : son tissu, plus épais et plus dense, se rétracte peu après la greffe et assure une bonne stabilité du volume. 

Le choix du site dépend de la quantité de tissu nécessaire, du type de greffe et de la situation clinique.

Les suites opératoires sont généralement modérées : un inconfort peut être ressenti au site prélevé comme au site greffé, bien géré par les prescriptions adaptées. 

La cicatrisation des tissus mous s’étend sur quelques semaines, durant lesquelles une hygiène douce et un suivi rapproché favorisent l’intégration du greffon.

Bien indiquée et réalisée avec une technique adaptée, la greffe gingivale offre des résultats fiables et stables dans le temps. 

L’essentiel reste de poser le bon diagnostic, d’agir sur la cause et de choisir la technique la mieux adaptée à chaque situation. 

Un examen parodontal permet de faire le point et d’envisager, si besoin, la solution la plus pertinente pour votre cas.

Bibliographie

Chambrone L, Tatakis DN. Periodontal soft tissue root coverage procedures: a systematic review from the AAP Regeneration Workshop. J Periodontol. 2015;86(2 Suppl):S8-S51. DOI : 10.1902/jop.2015.130674

Cairo F, Pagliaro U, Nieri M. Treatment of gingival recession with coronally advanced flap procedures: a systematic review. J Clin Periodontol. 2008;35(8 Suppl):136-162. DOI : 10.1111/j.1600-051X.2008.01267.x

Ronco V. Tunnélisation, un concept global en chirurgie plastique parodontale. Paris : Quintessence International ; 2021.

Questions fréquentes sur la greffe gingivale

La greffe gingivale est-elle douloureuse ?

L’intervention est réalisée sous anesthésie locale et les suites sont généralement modérées. L’inconfort, surtout au site de prélèvement, est bien géré par les prescriptions adaptées et s’estompe en quelques jours.

Où prélève-t-on le greffon ?

Le plus souvent au palais, en zone prémolaire-molaire, qui offre un tissu de qualité. Dans certains cas, la tubérosité maxillaire, située en arrière de la dernière molaire supérieure, est privilégiée pour son tissu plus épais et plus stable. Selon les situations, des substituts (matrices de collagène) peuvent aussi être discutés, après évaluation clinique.

Quelle est la différence entre greffe de tissu conjonctif et greffe gingivale libre ?

La greffe de tissu conjonctif enfoui est la référence pour recouvrir une racine de façon esthétique. La greffe épithélio-conjonctive, ou greffe libre, sert surtout à épaissir la gencive et à augmenter le tissu kératinisé. Le choix dépend de l’objectif, évalué lors de l’examen.

Le résultat d’une greffe gingivale est-il durable ?

Oui, lorsque la cause est maîtrisée. Une greffe bien indiquée et associée à la correction des facteurs en cause, comme un brossage traumatique, offre des résultats stables dans le temps.