Récession gingivale

Traiter le déchaussement des dents et protéger vos racines

Vos dents vous semblent plus longues, une racine apparaît au bord de la gencive, ou vous ressentez une sensibilité nouvelle au froid ? Il s’agit souvent d’une récession gingivale, couramment appelée déchaussement des dents.

Loin d’être un simple problème esthétique, la récession expose la racine et peut favoriser la sensibilité, l’usure et la carie radiculaire. Bien identifiée, elle se traite, et son évolution peut être stabilisée.

Le Dr Laurent Venet, chirurgien-dentiste à Lyon dont l’exercice est orienté vers la parodontologie et l’implantologie, est responsable du Diplôme Universitaire de Parodontologie et Implantologie Orale (DUPIO) de Lyon. Il vous explique ce qu’est une récession gingivale, pourquoi elle survient et comment elle se traite durablement.

La récession gingivale : une migration du bord de la gencive vers la racine

La récession gingivale se définit comme une migration apicale du bord de la gencive sous la jonction émail-cément. La racine, normalement protégée, se trouve alors exposée au milieu buccal.

Récession gingivale exposant la racine des dents antérieures, illustration du déchaussement dentaire

Le phénomène est progressif et souvent indolore à ses débuts, ce qui explique qu’il passe longtemps inaperçu. Il peut concerner une seule dent ou plusieurs, et touche le plus souvent les faces externes, visibles lors du sourire.

Les causes : une origine multifactorielle

La récession gingivale résulte rarement d’une cause unique. Plusieurs facteurs, souvent associés, fragilisent et font migrer le tissu gingival :

  • un brossage traumatique, trop appuyé ou avec une brosse trop dure, première cause chez les patients ayant une bonne hygiène,
  • un phénotype parodontal fin, où la gencive et l’os sous-jacent sont peu épais et donc plus vulnérables,
  • une maladie parodontale, qui détruit les tissus de soutien de la dent,
  • des contraintes mécaniques, comme le bruxisme ou certains mouvements orthodontiques,
  • des facteurs anatomiques, comme un frein de lèvre tractant ou une malposition dentaire.

Identifier le ou les facteurs en cause est déterminant, car le traitement vise autant à recouvrir la racine qu’à supprimer la cause pour éviter la récidive.

Les conséquences, au-delà de l’esthétique

Une racine exposée n’est plus protégée par l’émail. La récession gingivale peut donc entraîner une hypersensibilité dentinaire au chaud, au froid et au sucré, une usure et des caries radiculaires, ainsi qu’une difficulté accrue à maintenir une bonne hygiène sur la zone découverte. Sur le plan esthétique, elle donne l’impression de dents allongées qui gêne de nombreux patients.

Le diagnostic, mesurer pour mieux traiter

Le diagnostic repose sur un examen parodontal précis. Le Dr Venet évalue la profondeur de la récession, l’épaisseur et la hauteur de gencive attachée, le phénotype parodontal, ainsi que l’état d’attache entre les dents.

Cette analyse permet de classer la récession selon la classification de Cairo, aujourd’hui internationalement reconnue. Elle a succédé à la classification de Miller, longtemps utilisée, qu’elle affine en se fondant sur l’attache interproximale. Elle distingue trois types : RT1, sans perte d’attache interproximale, RT2 et RT3 avec perte croissante. Cette classification a une valeur pronostique : elle conditionne le potentiel de recouvrement radiculaire et oriente donc le choix thérapeutique.

Les traitements, de la correction des causes à la chirurgie plastique parodontale

La prise en charge commence toujours par la maîtrise des facteurs en cause : correction de la technique de brossage, traitement d’une éventuelle maladie parodontale, prise en compte du bruxisme. Cette étape est indispensable, car une récession traitée chirurgicalement sans correction de sa cause tend à récidiver.

Lorsque la racine exposée justifie un recouvrement, pour des raisons esthétiques, de sensibilité ou de prévention, le traitement de référence est la chirurgie plastique parodontale de recouvrement radiculaire.

La technique aujourd’hui considérée comme la plus prédictible associe un lambeau déplacé coronairement et une greffe de tissu conjonctif prélevée au palais, dite technique bilaminaire (Chambrone et Tatakis, 2015 ; Cairo et al., 2008). Elle permet de recouvrir la racine, d’épaissir la gencive et d’obtenir des résultats stables et esthétiques dans le temps. Cette prise en charge s’inscrit dans le cadre de la parodontologie, dont l’objet est la santé des tissus de soutien de la dent. Le choix précis de la technique dépend du type de récession, du nombre de dents concernées et du phénotype parodontal.

Prise en charge tôt, la récession gingivale se stabilise et se traite avec des résultats fiables et durables. L’essentiel est de poser un diagnostic précis, d’en identifier la cause et d’adapter la réponse à chaque situation. Un examen parodontal permet de faire le point et d’envisager, si besoin, la solution la mieux adaptée à votre cas.

Bibliographie

  • Cairo F, Nieri M, Cincinelli S, Mervelt J, Pagliaro U. The interproximal clinical attachment level to classify gingival recessions and predict root coverage outcomes: an explorative and reliability study. J Clin Periodontol. 2011;38(7):661-666. DOI : 10.1111/j.1600-051X.2011.01732.x
  • Cairo F, Pagliaro U, Nieri M. Treatment of gingival recession with coronally advanced flap procedures: a systematic review. J Clin Periodontol. 2008;35(8 Suppl):136-162. DOI : 10.1111/j.1600-051X.2008.01267.x
  • Chambrone L, Tatakis DN. Periodontal soft tissue root coverage procedures: a systematic review from the AAP Regeneration Workshop. J Periodontol. 2015;86(2 Suppl):S8-S51. DOI : 10.1902/jop.2015.130674

Questions fréquentes sur la récession gingivale

Une gencive qui s’est rétractée peut-elle repousser seule ?

Non. Une fois la gencive rétractée, elle ne se reforme pas spontanément. En revanche, la récession peut être stabilisée en corrigeant sa cause, et la racine peut être recouverte par une chirurgie plastique parodontale.

Le déchaussement des dents est-il toujours lié à une maladie parodontale ?

Non. La parodontite est une cause fréquente, mais une récession peut aussi survenir sur un parodonte sain, par exemple à cause d’un brossage traumatique sur une gencive fine. C’est l’examen qui permet de faire la distinction.

Le traitement de la récession gingivale est-il douloureux ?

Les techniques actuelles de microchirurgie parodontale sont peu invasives et les suites opératoires sont généralement modérées, bien gérées par les prescriptions adaptées et un suivi rapproché.