Pourquoi faire une greffe osseuse dentaire avant un implant ?
« Donc on me greffe de l’os. Juste parce qu’il en manque ? »
Oui, c’est précisément la raison. Une greffe osseuse dentaire est proposée lorsque l’os de la mâchoire n’a plus un volume suffisant pour accueillir un implant de façon stable. Elle reconstruit ce volume manquant.
L’implant est ensuite posé, soit au cours de la même intervention, soit plusieurs mois plus tard, une fois le nouvel os formé.
Si une greffe vous a été proposée, cette question vous trotte peut-être dans la tête. Voici ce qui se passe réellement, étape par étape, et pourquoi le temps fait partie du traitement.
Pourquoi l’os disparaît-il après la perte d’une dent ?
L’os qui entoure une dent s’appelle l’os alvéolaire.
Quand la dent est perdue, cet os perd une partie de sa vascularisation, celle qui provenait du ligament situé autour de la racine, et il se résorbe progressivement (Liu et Kerns, 2014).
Ce phénomène est rapide et bien documenté.
Dans une étude menée sur 46 patients après l’extraction d’une prémolaire ou d’une molaire, l’os a perdu environ la moitié de sa largeur en un an, dont les deux tiers au cours des trois premiers mois (Schropp et al., 2003).
D’autres situations peuvent réduire le volume osseux : une maladie parodontale, une infection ou un traumatisme.
Concrètement, un implant a besoin d’un volume d’os suffisant, en hauteur comme en épaisseur, pour être bien positionné et stable.
Quand ce volume manque, la greffe vient corriger le déficit, avant ou pendant la pose.
Toutes les pertes osseuses nécessitent-elles une greffe ?
Non. Tout dépend de la quantité d’os restante, de sa localisation et du projet prothétique.
Un examen clinique et, si nécessaire, une imagerie en trois dimensions (cone beam, ou CBCT) permettent de mesurer précisément le volume disponible.
Au cabinet, la situation est fréquente : un patient consulte pour remplacer une dent perdue depuis plusieurs années et pense que l’implant pourra être posé directement. L’examen clinique ne suffit pas toujours à voir ce qui manque, car la gencive peut masquer l’état de l’os. C’est le cone beam qui révèle que l’os s’est affiné.
Le Dr Laurent Venet prend alors le temps de montrer ces images au patient et de lui expliquer ce que l’on y voit, avant même de parler de greffe. Comprendre pourquoi l’os manque, c’est déjà mieux accepter le traitement proposé.
Dans certaines situations, d’autres options peuvent être discutées, comme des implants plus courts ou une autre solution prothétique.
La greffe n’est donc pas un passage automatique : elle est proposée lorsque le volume osseux ne permet pas de poser un implant dans de bonnes conditions.
Comment se déroule une greffe osseuse dentaire ?
Les étapes varient selon la situation clinique. Pour une régénération osseuse guidée (ROG), technique couramment utilisée, l’intervention se déroule sous anesthésie locale et suit généralement quatre temps.
1. L’accès à la zone à reconstruire
La gencive est délicatement ouverte pour accéder à l’os et préparer le site.
2. La mise en place du matériau de greffe
Un matériau est placé dans le défaut osseux. Il peut s’agir d’os prélevé chez le patient lui-même (on parle de greffe osseuse autogène), d’un substitut osseux d’origine humaine, animale ou synthétique, ou d’un mélange. Ce matériau sert de charpente sur laquelle le nouvel os va se construire.
3. La pose d’une membrane
Une membrane barrière recouvre le matériau. Elle maintient l’espace nécessaire à la régénération et empêche les cellules de la gencive, plus rapides que les cellules osseuses, de venir occuper cet espace (Liu et Kerns, 2014).
4. La fermeture et la cicatrisation
La gencive est repositionnée puis suturée pour protéger la zone greffée. La cicatrisation de la gencive prend en général une à deux semaines.
Lorsque le manque d’os concerne la mâchoire supérieure, au niveau des molaires, une autre technique peut être envisagée : le comblement sinusien.
Greffe et implant : en même temps ou en deux temps ?
C’est souvent la question qui surprend le plus. Deux approches existent (Liu et Kerns, 2014) :
- En une seule intervention, lorsque le défaut est limité et que l’implant peut être bien positionné et stabilisé dans l’os existant : la greffe est réalisée au moment de la pose.
- En deux temps, lorsque le manque d’os est plus important : la reconstruction est réalisée d’abord, l’implant est posé une fois l’os formé.
Le choix dépend avant tout de l’étendue du défaut et de la stabilité que l’implant peut obtenir dès sa pose.
C’est l’examen clinique et l’imagerie qui orientent la décision.
Pourquoi faut-il attendre plusieurs mois ?
C’est souvent ce qui est le plus difficile à accepter. Pourtant, ce délai n’est pas une attente inutile : c’est une étape du traitement, lorsqu’une greffe préalable est nécessaire.
Après l’intervention, un caillot sanguin se forme dans la zone greffée, puis il est remplacé par un tissu riche en nouveaux vaisseaux sanguins.
Ces vaisseaux apportent les cellules qui vont fabriquer l’os.
Un os jeune se forme d’abord, puis il se remodèle pour devenir plus dense et mieux organisé (Liu et Kerns, 2014). Ce processus biologique ne se commande pas, il se respecte.
Lorsque la greffe est réalisée avant l’implant, il faut généralement compter 4 à 8 mois de cicatrisation osseuse, selon l’étendue du défaut, la technique et le matériau utilisés.
Le praticien évalue ensuite le volume obtenu, à l’aide d’une nouvelle imagerie, avant d’envisager la pose de l’implant.
« Mon objectif : que mon patient ne subisse pas une décision, mais qu’il comprenne les raisons du traitement proposé. »
Dr Laurent Venet
C’est pourquoi, au cabinet, le temps de l’explication fait partie de la consultation : avant de parler de greffe, l’imagerie et des schémas permettent de montrer au patient pourquoi on l’envisage.
Après la greffe : ce qui vous attend
Dans les jours qui suivent, un gonflement et un inconfort peuvent apparaître. Ils sont accompagnés par le traitement prescrit et par les consignes remises après l’intervention.
Trois habitudes favorisent une bonne cicatrisation :
- respecter les consignes d’hygiène et d’alimentation transmises par votre praticien ;
- éviter toute pression sur la zone greffée, y compris par un appareil amovible, sauf indication contraire ;
- réduire ou arrêter le tabac : il est associé à davantage d’infections postopératoires, d’échecs implantaires et de perte osseuse (Chrcanovic et al., 2015).
Les rendez-vous de contrôle permettent ensuite de suivre l’évolution de la zone greffée.
Les questions à poser avant votre greffe osseuse
Une greffe se prépare aussi par le dialogue. Trois questions utiles à poser en consultation :
- Quel volume d’os manque, et à quel endroit ?
- La greffe et l’implant seront-ils réalisés en une ou en deux interventions ?
- Quel est le calendrier prévisionnel, de la greffe jusqu’à la dent définitive ?
Il n’y a pas de question naïve. Un traitement compris est un traitement mieux vécu.
FAQ : vos questions sur la mise en place d’une greffe osseuse dentaire
La mise en place d’une greffe osseuse dentaire est-elle douloureuse ?
L’intervention est réalisée sous anesthésie locale. Dans les jours qui suivent, un inconfort, un gonflement ou parfois un hématome peuvent apparaître. Un traitement adapté vous est prescrit pour les accompagner.
Combien de temps après une greffe osseuse peut-on poser un implant ?
Lorsque la greffe est réalisée avant l’implant, comptez généralement 4 à 8 mois, selon l’étendue de la reconstruction et la technique utilisée. Une nouvelle évaluation clinique et radiologique précède la pose.
D’où vient l’os utilisé pour la greffe ?
Il peut provenir de vous-même (os autogène, qui peut être prélevé dans la bouche), d’un substitut osseux d’origine humaine, animale ou synthétique, ou d’un mélange. Le choix dépend du volume à reconstruire et de votre situation clinique.
Vais-je rester sans dent pendant la cicatrisation ?
Selon votre situation, une solution provisoire peut être envisagée. Elle doit alors être conçue pour ne pas appuyer sur la zone greffée. Ses modalités sont discutées avec vous avant l’intervention.
Une greffe osseuse peut-elle échouer ?
Comme tout acte chirurgical, elle comporte des risques : infection, exposition de la membrane ou résorption partielle du greffon. Le respect des consignes et l’arrêt du tabac font partie des moyens de les limiter. En cas de volume insuffisant, une nouvelle évaluation est réalisée pour adapter la suite du traitement.
Références
- Schropp L, Wenzel A, Kostopoulos L, Karring T. Bone healing and soft tissue contour changes following single-tooth extraction: a clinical and radiographic 12-month prospective study. Int J Periodontics Restorative Dent. 2003;23(4):313-323.
- Liu J, Kerns DG. Mechanisms of guided bone regeneration: a review. Open Dent J. 2014;8:56-65.
- Chrcanovic BR et al. Smoking and dental implants: a systematic review and meta-analysis. J Dent. 2015;43(5):487-498.
Chirurgien-dentiste, responsable du DUPIO de Lyon, mon exercice est orienté vers la parodontologie et l’implantologie. À travers ces articles, je souhaite vous transmettre une information claire et documentée sur la santé bucco-dentaire.
L’enseignement occupe une place importante dans mon parcours. Les échanges avec mes confrères comme avec mes patients enrichissent continuellement ma pratique, sur le plan professionnel comme sur le plan humain.